Les naufragés

L'énigme des naufragés dans une Irlande Magique et religieuse

La mer n'était pas loin. Pierre en aimait l'odeur : ce mélange de sel et de varech qui l'étourdissaient. Il s'assit sur un banc de pierres blotti au milieu des mûriers et ombragé par un vieux chêne dont les branches soutenaient la voûte du ciel, l'empêchant de tomber sur les hommes.
Un petit être au visage difforme surmonté d'une touffe de poils noirs tendus vers l'azur, était avachi contre le tronc rugueux de l'arbre et dormait, en émettant un petit ronflement que Pierre avait pris pour le bruit lointain d'un avion à hélices. Il ne devait pas mesurer plus de 50 centimètres et devait être un de ces korrigans qui hantaient la forêt alentour et dont le village était - enffin c'est ce que la légende disait - perdu sous les eaux du lac dans les profondeurs duquel sommeillait la Dame blanche qui tenait serrée contre son sein l'épée magique d'un roi emmené vers Avalon par une barque tirée par quatre cygnes blancs...
Pierre avait sorti sa Bible de poche et le petit homme vint s'asseoir à côté de lui, intéressé visiblement par sa lecture.
- Tu lis la Bible, homme de la terre de France. Tu crois donc en Dieu?
- Je suis aumônier de Marine et je sers Dieu avec Amour pour le salut des âmes.
- Les prêtres n'ont pas toujours été des amis de notre peuple. Ils n'aimaient pas nos dieux qui, disaient-ils, n'étaient que des sorciers et nous avons souffert de votre religion.
- Dieu est le créateur de toute chose et de tous les êtres de cet univers. Vous êtes donc ses créations comme nous le sommes. Je n'ai pas à vous balayer d'un revers de soutane.
Le korrigan était satisfait. Il laissa une pièce d'or sur le banc et disparut.

Une pause en Irlande... d'accord mais où ? 

Pierre était dubitatif et se posait beaucoup de questions. L'une d'elle revenait pourtant souvent, au-dessus des autres : Où suis-je ?
Dehors il faisait beau mais il était fatigué de son voyage. La mer use les corps et exhacerbe les pensées. Le réel est sous les pas du marin et l'irréel est partout sur les flots marqués par des horizons changeant au gré des humeurs de Neptune. La terre ferme soûle autant que le rhum des tavernes de ports et que les whiskies dont il venait de découvrir les saveurs fortes, imprégnées de la tourbe qui entourait presque totalement le cottage. 
L'Irlande avait été pour lui un mythe, une terre magique dont les dieux anciens n'avaient pas disparu. Sa foi toute fraîche et son sacerdoce de néophyte n'avait pas encore effacé les traces d'un univers celtique au sein duquel Morrigane tenait une place à l'entrée des ténèbres. Bridget semblait elle-même une de ces fées qui avaient mené Merlin dans un espace clos d'où il ne pouvait sortir sans aide et Pierre entendait comme des gémissement et des paroles incompréhensibles qui remontaient de la terre fumante après la pluie, chauffée par le soleil.
Il tendit la main vers le bodhran posé sur le buffet du salon et laissa ses doigts se détendre en jouant sur sa peau tendue. Les percussions ffirent vibrer son âme et le temps disparut. Il était entré dans un monde différent; un monde en marge de ce siècle matériel et dans lequel, tel Merlin, il se sentait prisonnier.

Un personnage en quête de son identité : Le Padre

Il y a dans le monde des hommes qui portent leur foi là où d'autres se battent pour préserver les valeurs de fraternité et d'égalité qui façonnent notre liberté, et ces valeurs font notre Fierté.
Ils s'engagent auprès de nos soldats, de nos aviateurs, de nos marins et de nos gendarmes...  ces hommes sont les aumôniers aux Armées: les "Padre".
J'en ai rencontré plusieurs et je les admire. Ils ont tous cette flamme qui force le respect. Ils sont là où les cloches ne résonneraient pas : je pense bien sûr au Mali et à l'Afghanistan. Les mettre en scène est un hommage que je souhaite leur rendre, sans être un calque de ce qu'ils sont. Mes romans sont imprégnés de ces valeurs et de ma propre foi ; de ma manière de la vivre et de la communiquer.
Ce neuvième roman est achevé dans son "brut de décoffrage" ; il doit encore être corrigé, poli et repoli "vingt fois", alors que le dixième se bouscule déjà dans mes pensées et encombre peu à peu les étagères de mon bureau. Si l'intrigue navigue d'abord, elle est aussi amarrée à une terre de légendes...