Etranges nouvelles du Croisic



Ce recueil de nouvelles est le premier que j'ai consacré à ce port de Bretagne. Il puise ses histoires dans ma propre expérience de la Presqu'île. Elles m'ont été dictées par la côte sauvage alors que les tempêtes d'hiver battaient les rochers de ses criques et s'inFiltraient au plus profond de la terre, sous le manoir que j'habitais.
Je débarquais le soir du TGV de Paris aFin de rendre visite à ma mère qui avait jeté l'ancre de sa vie rue des Cordiers, puis de Kervenel. Je marchais sous les embruns, dans la nuit sans lune, sans croiser âme qui vive, longeait le grand parc de Pen-Avel et prenait le sentier douanier jusque chez mon ami Gérard Bihoré. C'était un colosse au coeur d'argile qui ressemblait à un vieux frère de la côte et m'attendait avec une bouteille de cidre devant l'âtre où brûlait un feu de naufrageur.
Comment ne pas écrire attablé dans la tourelle du manoir, face à l'Océan déchaîné, alors que le vent arrachait les ardoisettes du toit ?
Les fenêtres ne tenaient que grâce aux barres de bois qui les empêchaient de s'ouvrir avec fracas.
J'ai été conquis par la Bretagne et les amis qui m'ont accueilli comme un des leurs, un marin en escale... Pour boire le verre de l'amitié et chanter jusqu'à l'aube.



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Autres étranges nouvelles du croisic


Gérard, le tailleur de pierres, a rendu l'âme avant que ce second recueil ne soit terminé. Il a embarqué un soir d'hiver sur le charroi de l'Ankou qui attendait dans sa cour, rejoint quelques années plus tard par Thierry l'accordéonniste, puis par Joël le violonniste. Le Croisic des amis passe comme le temps. Il est toujours dans mon coeur et mes nouvelles sonnent sur ses pavés, s'insèrent en tremblant dans les souterrains qui courent sous les vieilles demeures et écoutent les légendes que me racontent les korrigans lorsque je les retourve autour du feu et que je les regarde danser. Elles sont aiguisées comme des lames de couteaux, teintées d'amitié, de douceur et de poésie, amoureuses et tiennent en haleine comme des enquêtes policières...
Je me suis assis sur les rochers près de l'Ours qui monte la garde tourné vers le Nouveau Monde et j'ai entendu les binious sonner lorsque les esprits des marins disparus rasaient les flots brillant sous les feux de la pleine lune. J'ai aussi croisé Bernard sur le quai balayé par la marée et nous avons parlé de ce gamin qui était un jour parti prier sur la tombe de son père, dressée sur un îlot protégé de brisants. En m'attardant près de Saint-Jean de Dieu, j'ai vu voler une abeille autour d'un jeune homme cloué sur un fauteuil roulant et, en m'attardant sur la grève d'Hoëdic, j'ai aperçu le vaisseau fantôme à quelques encâblures près des Grands Cardinaux.
Tous ici le savent, les marins ne sont vivants que lorsque leurs pieds touchent la terre et nous voyons leurs silhouettes qui tanguent encore sans avoir bu, tant ils sont habitués au roulis. Quelques bars plus loin ils tanguent encore, enivrés cette fois tant ils ont soif de vivre ce retour de l'enfer.

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